Deutsch   English   Français    S’inscrire  

Petropolis

Visions du Réel Nyon 2009

Petropolis

Canada 2009 40'

Réalisation: Peter Mettler
Image: Peter Mettler
Montage: Roland Schlimme
Musique: Gabriel Scotti
Production: Grimthorpe Film


Internet:
Website PETROPOLIS

art-tv: Peter Mettler



Images infernales, vénéneuses, d'une ruée vers l'or contemporaine: les carrières gigantesques des sables bitumeux au Canada. Un vol indispensable.

Il s’agit de chantiers à ciel ouvert dans la Province de l’Alberta; plus précisement, du plus important de trois, Athabasca, qui mesure 34’000 km². Il est en bonne partie dépourvu de toute forêt boréale, le sol est éventré jusqu’à 50 mètres de profondeur pour dégager les sables bitumeux, à partir desquels il est possible d’extraire du pétrole.
Les traitements sont complexes et demandent une énergie considérable. Pour un baril, quelque 80 kg de gaz à effet de serre sont rejetés dans l’atmosphère…et l’on estime à 300 milliards de barils la réserve de pétrole! Mais comment saisir la mesure de ce gigantesque territoire révulsé? Il faut prendre de la hauteur pour voir! AERIAL PERSPECTIVES ON THE ALBERTA TAR SANDS est un film tourné essentiellement à bord d’un hélicoptère, sur lequel une caméra vidéo haute définition très sophistiquée était fixée. Conçue à des fins militaires, cette technologie était téléguidée par un opérateur, aux côtés duquel Peter Mettler avait pris place.
Le spectacle est extraordinaire, il est un rêve qui se transforme en cauchemar. L’approche est somptueuse: un grand fleuve, la terre est boisée, l’air lumineux. Mais le paysage se transforme: première agglomération industrielle, premières surfaces aux dessins complexes, larges routes boueuses, bassins d’eau de récupération, bancs d’un jaune mielleux. La caméra ausculte, découvre la démesure sans fin de ces zones d’extraction. Rarement des mouvements de zooms n’ont autant de pertinence à isoler au sol des monstres mécaniques qui évoluent au ralenti à la manière de robots fantomatiques. Ces fragments grossis du terrain, les petits hommes affairés comme des fourmis sont les termes d’un ballet déshumanisé. Peter Mettler rencontre quelques personnes au sol, des visages et des voix qui expriment la conscience inquiète, douloureuse à l’endroit du cataclysme. Et la composition sonore est essentielle, elle invite à une méditation et prévient salutairement toute fascination vénéneuse.
Ces images infernales d’une ruée vers l’or contemporaine ne devraient être prises. Interdiction formelle des entreprises. AERIAL PERSPECTIVES ON THE ALBERTA TAR SANDS relève dès lors d’une indispensable désobéissance: ses images volées du ciel, à juste distance, ont une puissance décuplée.
Jean Perret, Visions du Réel Nyon 2009