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Nicotina



Le cinéma d'Amérique latine produit (aussi) des comédies : en témoigne ce thriller en provenance du Mexique qui nous entraîne, en temps réel, dans des embrouillaminis aux conséquences funestes, mais néanmoins tout à fait réjouissants.

Tout commence à 21h17 pour se terminer une heure et demie plus tard, à 22h50. Lolo (Diego Luna) a deux passions - observer sa voisine grâce à une caméra cachée et percer les codes d'accès des banques. Tout se déroule parfaitement, jusqu'à ce qu'une banale méprise cause la rencontre, un tant soit peu brutale, de personnages hauts en couleurs : un représentant de la mafia russe au format impressionnant, une coiffeuse prête à tout pour faire fortune, une pharmacienne au bord de la crise de nerfs - chacun fermement décidé à changer le cours de sa vie si l'occasion s'en présente, quitte à passer outre les limites de la décence et de la dignité. Il n'empêche que chacun à sa manière éveille la sympathie, et que l'on se prend à se demander qui mérite le plus de voir ses rêves réalisés.

Dans les rares moments de calme, les protagonistes échangent des remarques philosophiques sur les différentes façons de mourir, avec ou sans cigarette. Le cancer en est une, mais il en existe aussi de plus expéditives - et le résultat final n'est-il pas identique, que l'on succombe à la nicotine ou à son désir de gagner rapidement de l'argent - Jeu de massacre ou chute de dominos, la succession de morts violentes baigne dans un climat d'humour (noir) qui empêche de la prendre trop au sérieux. De télescopages improbables en quiproquos fatals, les personnages évoluent à toute allure dans la nuit mexicaine, vers un dénouement qui ne peut être qu'explosif. Il n'est point besoin d'être adepte de la nicotine pour apprécier ce divertissement venu du sud. Lauréat de six Ariel Awards (les oscars mexicains), il est la preuve de la vitalité du cinéma actuel en Amérique latine.

« Ce qui m'a plu dans le scénario », souligne Diego Luna, « c'est que tous ces personnages argumentent sur le fait de fumer ou de ne pas fumer, mais qu'ils passent à côté de ce qui est vraiment important dans la vie. Je pense que c'est le cas pour nous aussi, dans un sens. Chaque fois que je vais aux Etats-Unis, je prie pour que les gens aient la même réaction face à la guerre que face au tabac.»