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Memoria del saqueo




Fernando Solanas Argentina/CH 2004 114'

La mondialisation a un visage

Durant ces 25 dernières années, de la dictature militaire à aujourd'hui, l'Argentine a subi l'un des effondrements économique et social les plus brutaux qu'un pays ait pu connaître en temps de paix. Ce pays riche et sa population ont vécu dans leur chair et de plein fouet l'ensemble des traumatismes dénoncés par les altermondialistes : ultralibéralisme éhonté, spoliation des biens de l`état, explosion de la dette extérieure, corruption politico-financière massive? Tout cela avec l'aide et la complicité de multinationales occidentales et sous le regard bienveillant des institutions internationales. Incarnée par des hommes comme Carlos Menem, cette politique de la terre brûlée a abouti à un véritable génocide social, un cataclysme inouï fait de famine, de maladies et de vies humaines sacrifiées. MEMORIA DEL SAQUEO dénoue un à un les mécanismes qui ont conduit à cette catastrophe. Ce film est dédié à tous les Argentins qui ont résisté avec dignité et courage durant toutes ces années et qui souffrent de la crise : parce que les chemins de la misère sont encore plus inacceptables lorsqu'ils sont prévisibles et tracés en terre fertile. Lettre de Fernando Solanas aux spectateurs Des centaines de fois, on m'a demandé : comment cela a-t-il pu être possible que dans un pays si riche, la pauvreté et la faim atteignent une telle ampleur ? Qu'est-il arrivé des promesses de modernité, de travail et de bien-être que prônaient les politiques, les chefs d?entreprise, les économistes visionnaires et leurs services de communicateurs médiatiques, quand le pays n'a jamais connu ces aberrants taux de chômage et de dénuement ? Comment peut-on comprendre l?aliénation du patrimoine public pour payer la dette, quand l'endettement s'est multiplié plusieurs fois, en compromettant le futur pour plusieurs générations ? Comment dans une démocratie ont été possibles autant de dégradation des institutions républicaines, autant de soumissions aux pouvoirs externes, autant d'impunité, de corruption et de perte de droits sociaux ? Répondre aux questions posées par la catastrophe sociale ou revoir les chapitres honteux de l'histoire récente serait impossible dans les marges limitées d'un film : il en faudrait beaucoup plus, avec des enquêtes, des débats et des études pour rendre compte de l'ampleur de cette catastrophe. Ce film est né pour faire vivre la mémoire contre l'oubli, reconstruire l'histoire d'une des étapes les plus graves de l'Argentine, pour inciter à dénoncer les causes qui ont provoqué la mise à sac économique et le génocide social. Saccage est aussi un cinéma libre et créatif réalisé pendant les mois incertains de 2002, quand il n'existait pas de certitudes sur le futur politique du pays. Trente cinq ans après L'HEURE DES BRASIERS, j'ai voulu reprendre l'histoire à partir des paroles et des gestes de ses protagonistes et remettre les images dans leur contexte. Des procédures et des images qui avec leurs traits propres ont également touché d'autres pays frères. C'est une façon de contribuer à la tâche plurielle d'une refondation démocratique de l'Argentine et au débat qui se développe dans le monde face à la mondialisation déshumanisée avec la certitude qu'n autre monde est possible.