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La forteresse

Léopard d'or Cinéastes du présent Locarno 2008

La forteresse
CH 2008 101'

Réalisation: Fernand Melgar
Scénario: Fernand Melgar, Alice Sala, Claude Muret
Image: Camille Cottagnoud
Son: Marc von Stürler
Montage: Karine Sudan
Production: Climage


Fernand Melgar 2008 101'
Parvenus au pays de la Croix-Rouge, beaucoup d'exilés ayant fui leur pays se croient arrivés à destination, enfin en sécurité. Peu imaginent qu'une dernière épreuve décisive (peut-être la plus difficile) les attend : la nouvelle procédure d'asile suisse. Plébiscitée par le peuple en 2006, elle est aujourd'hui, pour ces non-Européens, le rare accès légal pour s'établir dans notre pays. Pour la première fois, l'Office fédéral des migrations ouvre sans restriction les portes d'un Centre d'enregistrement et de procédure à une équipe de cinéma. Une autorisation exceptionnelle jamais encore accordée à ce jour.

LA FORTERESSE est un documentaire d'immersion – sans commentaire ni interview – qui va observer à hauteur d'homme le fonctionnement du Centre de Vallorbe dans le Jura vaudois pendant 60 jours, durée maximale de résidence pour un requérant. Un lieu de transit où deux cents hommes, femmes et enfants de toute origine attendent, entre un passé douloureux et un avenir incertain, que la Confédération décide de leur sort. Plongé au coeur de ce tri quotidien d'êtres humains, le film dresse le portrait de cette institution fédérale du point de vue inédit de ceux qui sont chargés de la faire fonctionner. Diriger les auditions, assurer la sécurité, nettoyer les chambres, nourrir les gens… Près de 90 personnes se partagent les tâches nécessaires à faire marcher cette machine complexe. Ce sont eux qui, en quelque sorte, transforment la volonté du peuple et les textes de lois en dure réalité.

Au-delà d'un discours sur l'asile trop souvent articulé autour de "victime" ou "abuseur”, ce documentaire propose un point de vue inédit sur la question, aujourd'hui décisive en Europe, des flux migratoires et de l'immigration sélective censée l'endiguer. À travers un regard sensible et non dénué d'humour, nous découvrirons les enjeux qui prennent vie dans ce microcosme, miroir de l'affrontement planétaire entre les nantis qui « ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde » et les damnés de la terre.

"Un film d'une remarquable sensibilité et d'une intelligence profondément humaine. Une réalisation discrète et maîtrisée qui ne tombe jamais dans le voyeurisme et qui rend son propos tout à fait percutant et émouvant."
Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal

Le quotidien des requérants filmé au centre d'enregistrement

Pierre Blanchard, 24 heures

Filmer sans angélisme et sans stigmatisation la réalité au quotidien des demandeurs d'asile et saisir les motivations au travail du personnel chargé de leur accueil, tels sont les objectifs du cinéaste Fernand Melgar. Avec son équipe composée d'un cameraman, Camille Cottagnoud, d'un preneur de son, Marc von Stürler, et d'une assistante, Alice Sala, ethnologue de formation, il s'est plongé dans l'ambiance de Centre d'enregistrement et de procédure (CEP), depuis le lundi 3 décembre à 4 heures du matin. «Nous ne sommes pas venus ici en voyeurs, nous allons saisir la réalité telle qu'elle se présente, sans commentaires, sans interview, ni musique. Pendant 60 jours, durée moyenne actuelle d'un séjour au CEP pour un demandeur d'asile, nous allons capter des moments de vie avec le consentement des personnes concernées. Aucun visage ne sera «flouté». Derrière chaque trajectoire de demandeur d'asile se cache une tragédie humaine, les «tricheurs» sont une petite minorité. Mais si pendant notre séjour nous en croisons nous le montrerons sans complaisance. Nous ne volerons aucune image à la dérobée», commente Fernand Melgar.Ce cinéaste vaudois est fils d'immigré espagnol et, dans son enfance, a vécu une période de clandestinité dans notre pays. «Mes parents ont été traumatisés par les initiatives Schwarzenbach dans les années 1970. Aujourd'hui, une bonne frange de la population tend à diaboliser les requérants d'asile. Sans militantisme, ni populisme, j'ai simplement envie de montrer avec objectivité le vécu de ces personnes qui viennent en Suisse pour sauver leur vie ou dans l'espoir d'une existence plus digne. Ma caméra s'arrêtera également sur l'humanité dont font preuve les gens qui accueillent les requérants, tout en appliquant une loi et des règlements très restrictifs. » «Pour définir le CEP, j'ai repris la métaphore de l'aumônier, le pasteur Pierre-Olivier Heller: «Cette maison est semblable à une forteresse. Il est très difficile d'y pénétrer. Par contre, depuis l'intérieur tout est fait pour en faciliter la sortie. Le titre de mon film sera LA FORTERESSE. »

"LA FORTERESSE est le premier documentaire consacré à un centre suisse pour requérants d'asile, celui de Vallorbe. Cet argument pourrait, à lui seul, justifier l'importance du film et la nécessité de le voir. Mais il y a autre chose: ce portrait de groupe capté sur deux mois est surtout le meilleur film du Lausannois Fernand Melgar. Il est l'aboutissement de vingt ans de tours et détours, du début des années 80, où il contribua à la fondation de l'underground Cabaret Orwell de Lausanne, jusqu'au récent et courageux EXIT - LE DROIT DE MOURIR, en passant par le bricolage d'essais expérimentaux dès qu'une caméra lui est tombée entre les mains. De la révolution culturelle Lôzane Bouge à LA FORTERESSE, Fernand Melgar, 47 ans cette année, a suivi un chemin vers l'épure. Parcours logique des grands artistes, mais qui a pris chez lui une tournure bouleversante. LA FORTERESSE en est la preuve éclatante: l'épure, chez Melgar, a autant trait à la forme, notamment grâce à sa complicité exceptionnelle avec Camille Cottagnoud qui signe les images, qu'à sa manière d'observer l'humain."
Thierry Jobin, Le Temps