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Mimi



Claire Simon F 2003 140'

Claire Simon signe ici un documentaire sur la vie d'une dénommée Mimi Chiola. Cette femme, que la réalisatrice connaît depuis longue date, y décrit ses amours et raconte les scènes qui composent son roman personnel.

"Nouvel objet singulier dans la filmographie de Claire Simon, MIMI est le fruit d'une rencontre entre la cinéaste et Mimi Chiola, personnalité romanesque, forte et émouvante, qui aime raconter des histoires.
De Nice où Mimi a grandi et où elle a assumé son homosexualité malgré son éducation catholique, jusqu'à la montagne où elle s'est installée plus tard avec une femme, l'histoire s'incarne dans le rapport entre le corps de Mimi et les lieux qu'elle parcourt avec Claire Simon."
Le Monde

"Le dispositif cinématographique de Claire Simon, entre théâtralité et mise à nu, tient l'ego de son héroïne à distance. Pourtant, ce que dit Mimi nous touche, nous revigore. Parce que la cinéaste réussit à en faire un personnage familier, universel."
Télerama

La Chasse au sentimentalisme

Par Carole Desbarats, directrice des études à la FEMIS, pour les Rencontres internationales du documentaire de Montréal

Claire Simon documentariste? Cinéaste tout court plutôt. Son oeuvre est essentiellement composée de documentaires dans lesquels elle traque des histoires, celles que les enfants s'inventent le temps d'une récréation, celle que les difficultés de gestion induisent dans Coûte que coûte, celle qui naît de l'amour de deux jeunes gens (800 km de différence-Romance), ou encore celle que tisse la vie singulière de Mimi. En fait, pour Claire Simon, si «la banalité contient de la fiction», le travail de la cinéaste est de la débusquer.

Pour cela, elle recherche la tension entre particulier et universel, par exemple à travers un de ses thèmes de prédilection, le travail, celui de la boulangerie, de la restauration ou celui qui préside au jeu des enfants. Elle n'aborde donc pas la mise en scène documentaire par une recherche de maîtrise du réel mais par l'activation de ses potentialités cinématographiques. Ainsi, elle-même travaille les lieux: ses films fonctionnent souvent sur une topographie discrètement systématisée: Mimi dresse une cartographie inhabituelle de Nice, celle qui tourne le dos à la richesse de la ville. Par la force du dispositif, Claire Simon nous guide de l'autre côté de la carte postale, du côté de la complexité documentaire.

Mais se centrer sur un lieu ne saurait suffire: filmer une cour de récréation sans son «peuple», les enfants, n'aurait pas de sens et surtout pas de dramaturgie. Ainsi, Récréations et Coûte que coûte sont-ils deux documentaires… à suspense et qui ont le même thème, la guerre, dans la conquête de trois mètres carrés de prairie perdue dans une cour d'école ou dans le «camp retranché» qu'est la cuisine.

La question du montage intervient alors, et l'on ne saurait oublier que si Claire Simon cadre ses films, elle les monte aussi, ayant débuté dans le cinéma comme chef-monteuse. Cela lui permet de densifier certaines situations ou, au contraire, de retarder l'arrivée d'informations qu'elle veut ne pas souligner là où d'autres cinéastes les auraient montées en épingle.

Enfin, tout cela, elle le construit dans une chasse au sentimentalisme qui a pour effet paradoxal de laisser naître une émotion forte, celle d'un grand cinéma, respectueux de ceux qu'il filme, et de ses spectateurs.