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La petite dame du Capitole

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La petite dame du Capitole

CH 2005 55'

Réalisation: Jacqueline Veuve
Scénario: Jacqueline Veuve, Anne Pellaton
Image: Peter Guyer
Son: Blaise Gabioud, Benedikt Frutiger
Montage: Loredana Cristelli


Internet:
Website Cinema Capitole

ISAN:0000-0001-A755-0000-L-0000-0000-B






Jacqueline Veuve CH 2005 55'

Lucienne Schnegg est une petite femme pleine d'énergie. A quatre-vingts ans, elle est toujours aux commandes du cinéma "Capitole". Engagée comme secrétaire en 1949, elle en est devenue l'héritière et l'âme du cinéma. Tout à la fois caissière, femme de ménage et directrice, elle nous raconte son cinéma, le plus beau, le plus grand et le plus ancien de Lausanne. Après-guerre, vingt-cinq personnes y travaillaient, dont six placeurs en livrée, et les spectateurs se pressaient par foule pour voir entre autres "Le jour le plus long".

Extraits de films, affiches, photographies, nous embarquent dans une autre époque. La petite dame, à travers la magnificence de sa salle et mille anecdotes, nous distille encore un peu du parfum magique des grandes stars, Audrey Hepburn, Roger Moore, la Reine d'Espagne ...

Aujourd'hui, le Capitole n'est plus rentable. Les distributeurs lui préfèrent les multiplexes pour la sortie des grands films. Malgré la fin programmée des cinémas comme celui-ci, la petite dame garde le sourire, allant et venant, de haut en bas de son navire.

Seule contre les multiplexes

Par Thierry Jobin, Temps

Quand il sortira mercredi prochain, dans la foulée de ses projections de ce week-end à Soleure, LA PETITE DAME DU CAPITOLE, le documentaire de Jacqueline Veuve sur la propriétaire de la dernière grande salle de cinéma lausannoise, sera en concurrence avec une autre nouveauté: le dernier Steven Spielberg, Munich. A cette seule idée, Lucienne Schnegg s'esclaffe de son beau rire et s'enthousiasme de sa voix claire: "Quel beau défi! Moi contre Spielberg! je suis très fière, parce que je l'adore... J'en ferais bien mon héritier, tiens ! Il programmerait le Capitole et ça les embêterait beaucoup, les autres messieurs des multiplexes... Mais je suppose qu'il a déjà bien assez de soucis avec ses petites affaires."

Mademoiselle Lucienne Schnegg n'a pas d'héritier. Elle n'a pas non plus désigné son successeur. Quelqu'un s'y intéresser dont elle ne souhaite pas parler, mais qui paraît plus sûr que tous ceux qui l'ont approchée jusqu'à présent. Mais elle fêtera bel et bien ses 81 ans dans quelques jours, le 27 janvier, et ce jour-là aussi continuera à dévaler, escalader, arpenter, contrôler, récurer les escaliers, les couloirs et les travées du cinéma, où elle est entrée, pour la première fois, le 1er août 1949. Pour ne plus jamais en sortir. Même durant la grande rénovation de 1959, qui entraîna quatre mois de fermeture, elle était là. "Il y avait quand même des factures et du courrier." Sa plus longue absence a duré trois semaines. C'était l'an dernier: elle n'avait pas de film à présenter.

Parce que, comme le montre Jacqueline Veuve, Lucienne Schnegg, l'âme du Capitole, la petite dame à l'air fragile, est le dernier des Mohicans: elle n'est liée à aucun groupe, et s'y est toujours refusée avec la même main de fer dont parlent ses anciens employés. Avec elle, pas davantage' question de toucher aux comptes, à la caisse qu'à son cinéma. Vendre reviendrait à se vendre. Résultat: distributeurs de films et exploitants de salles travaillant en quasi-fusion, il lui est très difficile d'obtenir des films. Le Capitole n'a, de fait, que des miettes et seuls Fox/Warner et UIP la soutiennent encore. "Les groupes, raconte-t-elle dans le film, forment un monopole. J'ai eu beau écrire au Département de justice et police. Ils m'ont même écoutée, reçue et enregistrée. J'ai aussi écrit aux distributeurs pour essayer de sauver ma peau et ma salle. Mais ça n'a pas servi à grand-chose. Personne ne pensait que je m'opposais à un monopole. Pour eux, c'était la liberté du commerce. Alors j'ai décidé de continuer en franc-tireuse".

Quand Lucienne Schnegg a demandé de l'aide au médiateur de l'Association cinématographique suisse romande, il lui a répondu, après enquête, en lui suggérant de vendre: "Faites comme Woody Allen: -- Take the money and - run (ndlr. Prends l'oseille et tire-toi, 1969)." Elle lui a répondu du tac au tac: "Non, Monsieur: The show must go on!" Et la disparition, en quelques années à Lausanne, du Bourg, du Palace, du Lido, de l'Eldorado, de l'Athénée et du Romandie, ne la panique pas. "Je n'abandonnerai jamais. jamais. Voilà. C'est ma maison. J'y suis, j'y reste. jusqu'à la fin. Qu'ils le veuillent ou non."

Une femme dans un monde d'hommes. Depuis toujours. Depuis Tavannes, dans le jura bernois, son lieu de naissance il y a huit décennies. 27 janvier 1925. "Le même jour que Mozart, ce dontje suis très fière." Ses parents habitaient dans une maison qui appartenait à la dame qui possédait le cinéma Royal de Tavannes. Le dimanche après-midi, quand il faisait mauvais, Lucienne et sa cadette d'un an allaient, avec leur maman, dans le tea-room qui se trouvait en dessous. Pendant que maman jouait aux cartes avec ses amies, les fillettes montaient en catimini sur le balcon pour voir les films. Charlot, Shirley Temple, Fernandel, Marius, Fanny, César. "On a aussi vu des films pour les grands. Ce qui n'était pas permis."A l'adolescence, deux garçons s'intéressent à Lucienne. Eric, qui s'est lancé dans la marine suisse et qui est devenu capitaine. Et Albert, qui était beaucoup trop enveloppant. "Il était tombé amoureux et il ne pouvait plus dire un mot. Je le voyais comme ça devant moi, et moi, je ne pouvais pas. Albert est encore vivant. Il vit en Amérique et lui a envoyé une boîte de chocolats récemment. J'espère qu'il ne verra pas le film !" rit-elle, en regrettant un peu, après coup, d'avoir cité son nom devant la caméra de Jacqueline Veuve.

Eric et Albert sont éconduits par Lucienne Schnegg lorsqu'elle rentre, en 1948, d'un séjour comme fille au pair en Angleterre. Son patron de l'époque, un Luxembourgeois installé à Genève, "Monsieur Köhn", a racheté le Capitole inauguré en 1928. Le "patron", comme elle l'appelle encore, ne connaît rien au fonctionnement d'une salle de cinéma. Il lui en confie la gestion. Elle a 24 ans. "Eric et Albert sont partis faire leur vie ailleurs. Ils se sont mariés. Ils on eu des enfants, des petits-enfants. Moi, c'était le Capitole !""C'était les belles années", raconte-t-elle à Jacqueline Veuve, avant de les regretter tout autant au moment de l'interview. "Il n'y avait pas de télévision. C'était juste après la guerre, et les gens sortaient beaucoup" L'époque où placeurs et concierges sont en uniforme, où le public vient en tenue de soirée. Époque aussi des grosses productions américaines, du CinémaScope, des grands westerns, puis du grand cinéma italien. Les séances sont souvent mondaines. Les gens achètent leurs billets d'avance sans même connaître le titre du film qui va être projeté. Les soirs de grande première, les voitures ne passent plus l'avenue du Théâtre, parce que la foule déborde sur la route. "Le Jour le plus long a été complet tous les soirs pendant un mois. On n'avait plus de voix. Mon patron nous apportait des grosses boîtes de pastilles pour 14 gorge."

"Les années ont passé, et mon patron a vieilli. Il venait de moins en moins. J'avais tout sur les épaules." Monsieur Köhn décède en 1982. Il lui a fait un bail. Sa famille engage une action 'contre Lucienne. "Ils voulaient des sous, tout de suite. Sauf qu'il n'y avait pas de sous: il y avait des pierres et du boulot." Lucienne a perdu au Tribunal fédéral et, quatorze ans après, elle a donné ce qu'elle avait, emprunté à la banque, pour devenir légalement, en 1996, propriétaire du Capitole.

Monsieur Köhn a été enterré au matin du 12 décembre 1982. Le soir même sortait le plus grand succès jamais enregistré au Capitole: ET de Steven Spielberg, quatorze semaines d'exploitation, 84649 spectateurs, 762578 francs de recette. La dernière fois qu'un film a rempli le Capitole, au, moins pour une séance, c'était en 1998, pour Le Masque de Zorro, avec Antonio Banderas.