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ecrannoir.fr - SUR LA ROUTE

25.5.2012

Texte

SUR LA ROUTE est bien plus qu'un vagabondage : la réussite de cette adaptation est d'avoir compris le sens du livre, de lui avoir donné une quête (à la recherche du père perdu) d'avoir respecté la substance du texte, tout en prenant de nombreuses libertés, laissant ainsi s'échapper les personnages, hantés par la mort, dans une aventure proprement cinématographique. Cette fatalité les oblige à vivre urgemment au présent, rejetant toute forme de futur et ne puisant dans le passé que les grandes références littéraires et intellectuelles. Ils sont libres comme un air de free jazz, musique qu'ils vénéraient. Le film suit ainsi le tempo d'une jazz session, avec ces accélérations et ses parenthèses mono instrumentales.
Insouciants et peut-être irresponsables dans cette Amérique puritaine, raciste et matérialiste, ils écrivent un hymne à la liberté qui fera fantasmer plus d'un spectateur emprisonné dans leur routine consumériste actuelle. Pourtant le cinéaste ne manque pas une occasion de montrer leurs galères, leurs prises de risques irréfléchies. Cette jeunesse désoeuvrée, rêvant d'être les nouveaux Rimbaud, d'écrire comme Céline, est transcendée par la beauté des acteurs, filmés au plus près par la caméra, et la singularité de certains paysages, appels à l'évasion. Que ce film épouse formellement l'esprit de cette génération n'est pas la moindre des réussites.
Ils ont beau rouler, marcher, les pieds avalant la terre, en perpétuel mouvement (leur corps, leurs pensées, leurs sentiments), ils se veulent déraciner, quitte, à l'instar d'Icare, à se brûler au contact de leur soleil. Il sont « vivants ». Sensuels aussi. Leur « euphorie est un mirage » mais Paradise/Kerouac sait « qu'il n'y a pas de trésor au bout du chemin ». « Il n'y a que de la merde et de la pisse. » Mais « de le savoir me rend libre » écrit-il. Et nous avec.
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